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vendredi 6 novembre 2015

Lettre à mes 16 ans

Nous sommes en 1998. La France s'apprête à remporter sa 1ere Coupe du monde de football et accessoirement à nous casser les rouleaux pendant un trop long moment avec cet exploit jamais réitéré depuis je te rassure.
Cette conne de Rose n'a pas été fichue de faire une petite place à Jack sur son radeau de merde, si bien que le malheureux a fini sa vie comme un Croustibat en se farcissant du Celine Dion à plein volume,  je me demande d’ailleurs si c’est vraiment le froid qui l’a tué ou s’il n’a pas plutôt succombé à une rupture fatale du tympan doublée d’une overdose auditive. (si si ça existe! On voit bien que tu n’as jamais entendu René la taupe…) 
L'adoption des 35h a définitivement consacré l’hexagone au rang de "nation de glandus" aux yeux de ses besogneux voisins d’Europe et d’ailleurs.

Ta vie à toi ressemble plus au naufrage du Titanic qu’à l’ascension fulgurante des Bleus dans les yeux. Tu rames, tu pagaies, tu coules, tu t’agites et tu te noies gentiment dans l’indifférence presque totale…

A l’âge des premiers flirts, des premières amours, des premières cuites, des premiers joints, tes expériences les plus folles à toi ce sont l’anorexie et le harcèlement scolaire, youpi.
Ta balance va descendre jusqu’à 38 kilos, poids moyen d’un enfant de 12 ans ou d’un berger allemand, alors que ton compteur d’ami-e-s va lui désespérément stagner à 2 ou 3.
Il s’appelle Johan ou Yoann on s’en fout un peu parce que, que ce soit avec un J ou un Y, avec ou sans H,  ça reste un sale petit con. Un sale petit con qui, au début de l’année scolaire, te parle, te sourit, fait même un bout de chemin avec toi le soir en rentrant du lycée,  bref qui semble t’apprécier ou du moins ne pas te détester. Ce même sale petit con qui, quelques mois plus tard, te prendra visiblement pour cible et prendra surtout son pied à rallier à sa cause les 80% de ta classe. Le petit con est influent, il ne recule devant rien, forcément, c’est un petit con.  La brebis galeuse, le vilain petit canard, la meuf à abattre, appelle ça comme tu veux, mais ce que tu vas être pendant de trop nombreux mois. Ta balance qui affichait encore des chiffres décents en début d’année va descendre d’une première dizaine, puis d’une seconde… peut être que tu te disais qu’en devenant fine comme un Mikado, tu pourrais plus facilement te cacher derrière un arbre, derrière un poteau, derrière n’importe quoi pour qu’on t’oublie, pour qu’on te foute la paix, pour qu’on te laisse vivre ta vie d’ado de 16 ans qui méritait autre chose que les quolibets, la jalousie, la méchanceté d’une horde de jeunes cons pré-pubères.

Comme tu peux le constater, 17 ans après, cette histoire te rend toujours aussi vénère… Mais sois heureuse finalement d’avoir vécu ça en 1998 quand Internet, Facebook, Twitter, et tous ces déversoirs de haine et relais du harcèlement scolaire dans la rue, chez toi, dans ta chambre, partout, n’existaient pas. Je ne sais pas comment tu aurais géré ça, si te transformer petit à petit en squelette aurait suffi à effacer la tristesse et la douleur d’une situation qui t’aurait dépassée.

Les années passeront, tu reprendras des joues, tu conserveras la haine de ce garçon qui t’a sans doute volé une partie de ce qui aurait du être tes plus belles années. Tu garderas malgré tout des amis de cette période, une en tout cas, que tu choisiras comme marraine de ta fille… eh oui car tu vas avoir un enfant, et même 2 ! Toi qui craignais tellement de ne pas pouvoir devenir mère après avoir effacé tout ce qui faisait de toi une femme. Tu retourneras à Rome et tu aimeras cette ville que ce voyage scolaire avec tes bourreaux t’avait fait haïr en 1998. Tu te feras avoir encore une fois ou 2, peut être 3, à être « trop bonne trop conne » comme on dit. Mais ça je pense que c’est inscrit dans tes gênes tu n’y peux pas grand chose, il faut juste apprendre à vivre avec et limiter les dégâts. Ta fille semble être d’ailleurs faite du même bois, tu devras lui apprendre. Lui apprendre à être vigilante,  mais aussi lui apprendre à ne pas laisser un camarade de côté, à repérer celui ou celle que l’on rejette, celui ou celle dont on se moque, celui ou celle que l’on frappe, prendre sa défense, même si cela signifie s’élever contre la majorité des autres enfants de sa classe. Il n’y a rien qui pourra la rendra plus fière.
Ah si! Une chose peut être: par pitié, tu m’épileras ces sourcaïls de troll des bois parce que là la sourcillade en mode Emmanuel Chain ma séériiie c’est pas poussible, c’est pas moderne, c’est la CA-TA-STRO-PHE ! Enfin tu es toute pardonnée va, nous sommes en 1998 après tout.

« I will survive » entendait-on partout cette année là. Pour toi qui as toujours aimé écrire ta vie en chansons, ce titre était en fait résolument prémonitoire…Parce que tu es là, en chair plus qu'en os, parce que tu as parcouru plus de chemin que tu n'aurais pu l'imaginer, parce que tu apprends, enfin, petit à petit à t’affirmer et à dompter tes démons et parce qu'on est les champions oui ou merde?!

PS pour Y-Jo(h)an(n) : vas chier, ptit con



mercredi 23 septembre 2015

On ne nait pas féministe, on le devient

Parfois, je me demande si je suis féministe.... On sait si l'on est français, marocain ou danois, si l'on est gaucher ou droitier, si l'on est slip ou caleçon, mais être féministe c'est une appréciation plus difficile à définir vous en conviendrez .... Je n'ai pas envie de me lancer ici dans un débat digne des plus grandes joutes verbales entre allaitantes Vs biberonnantes ou entre Marseillais Vs Parisiens, loin de moi l'idée de vouloir voir les pages immaculées de mon blog pur et innocent, constellés d'hémoglobine. Mais je me pose souvent la question, car moi même je ne sais pas bien où me situer sur l'échelle de Beauvoir même si j'ai quand même deux-trois notions de ce qui définit ou pas un-e féministe. Déjà, j'arrête tout de suite les gens qui pensent que pour être féministe il faut forcément être une femme (?!) et avoir, de préférence, plein de poils sous les bras et sur les jambes (et à peu près sur toutes les surfaces disponibles du corps d'ailleurs). L'engagement d'une personne pour la cause féminine ne se mesure définitivement pas au nombre d'années depuis lesquelles elle n'a pas croisé la route d'un rasoir, d'un épilateur électrique ou d'une esthéticienne. 

Bon, voilà une première idée reçue démontée à coup de cire marocaine, ouf!
Ensuite, me concernant, comme je le disais plus haut, je ne sais pas toujours bien si je remplis les critères de la parfaite défenseuse des droits des femmes et du combat contre les inégalités entre founes et zboubs. Il m'arrive, parfois, de sourire à une blague sur les blondes, de traiter de connasse la personne au volant d'une voiture un peu hésitante, avant de me rendre compte qu'il s'agit en fait d'un connard, ou de regarder des clips de rap avec des dames qui ont autant de vêtements sur elles qu'il y a de dents dans la bouche de Michel Houellebecq. Bref, je me rends compte que je suis pas une puriste, toujours hyper droite dans ses bottes et conséquente quand il s'agit de féminisme. Je ne sais pas toujours reconnaître le caractère sexiste d'un article, d'une publicité ou d'une photo, j'apprécie d'ailleurs que certains sites, blogs ou pages Facebook le fassent pour moi. J'ai parfois tendance à me dire que certain-es "voient le mal partout" et qu'il n'y pas pas toujours mort d'homme (ou plutôt de femme!) parce qu'un mot ou une expression malencontreuse a été utilisée, parce que bon, quand même, si on ne peut plus rigoler de rien alors, merde! 
Si vous avez lu cet article depuis le début, vous devez forcément être intrigué-e par l'image sur fond bleu qui se trouve en haut à gauche du texte. Cette image provient d'un site que vous connaissez peut être (et malheureusement j'ai envie de dire) qui s'intitule Paye ta shnek. 
On n'y parle malheureusement pas de viennoiseries alsaciennes ou d'escargots, mais bien de harcèlement de rue à travers des retranscriptions mots pour mots d'agressions particulièrement violentes et révoltantes subies par des femmes (parfois scandaleusement jeunes pour être confrontées à une telle brutalité). Tous les témoignages sont réels et le site a fêté son troisième anniversaire. 
Comme les Restos du Coeur ou le Téléthon, c'est le genre d'initiatives que l'on aimerait voir s'arrêter très vite, signe de l'éradication du mal qu'elles tentent de combattre. 
J'ai lu plusieurs dizaines de ces récits, qui tiennent parfois en deux lignes. Je n'ai pu m'empêcher d'imaginer la peur, l'humiliation, la colère et le dégoût que j'aurais ressenti à la place de ces femmes, souvent démunies, de surcroît, face à des témoins trop effrayés (ou cons, on ne va pas se mentir) pour leur porter secours. 
Je n'ai pas envie d'élever mes enfants dans un monde où une femme qui met du rouge à lèvres ou porte un short est considérée comme une proie et comme un appel au viol. Rien que d'écrire ses mots me fait hérisser les poils ( des bras! Les seuls que je consens de laisser indemnes dans mon combat contre la pilosité... ) et me donne envie d'aller distribuer gratos deux-trois coups de stilettos dans des valseuses bien mal portées. 
Alors à mon petit niveau j'essaie de leur inculquer certains principes, certaines valeurs: il n'y a pas de "jeu de filles" et de "jeux de garçons", de sexe fort et de sexe faible, on peut pleurer quand on est un garçon et boxer dans un punching ball quand on est une fille (voir faire les deux à la fois), on peut être "sage-homme" et "pompière", il n'y a pas un côté qui est mieux que l'autre, mais je sais qu'il y en a un des deux qui devra batailler 20 fois plus pour faire sa place, se faire respecter et vivre la vie épanouissante qu'il (ou plutôt qu'ELLE) mérite. 

Finalement j'ai ma réponse: je suis féministe, une féministe "work in progress" avec ses bugs de fabrication, mais une féministe quand même qui espère qu'un jour, peut être, ce terme disparaîtra parce qu'il n'y aura plus besoin de se battre pour des évidences. 


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Pour approfondir le sujet ou si vous êtes comme moi et que vous avez besoin qu'on vous aide parfois à repérer où sexisme il y a, quelques liens intéressants de mon URLthèque perso ;-)  qui ne demande qu'à être complétée !